Faire Parler les Images
Caroline Dorval
Les élèves comédien.ne.s du groupe adulte d'art dramatique du conservatoire de Mennecy ont emprunté mes images, le temps d'une soirée, dans une mise en scène signée par la talentueuse Caroline Dorval (leur professeure, les chanceux !) Ils les ont habillées de leur imaginaire poétique, sensible, engagé, absurde et comique, leur donnant une nouvelle vie, et une autre histoire, parfois assez proche de la mienne, assez troublant. Je vous laisse découvrir leurs mots et leurs talents...
Encore un immense MERCI et BRAVO à tou.te.s !

Je dois dire que j'ai du mal à comprendre comment je me suis retrouvée ici...
Tout a commencé une belle journée d'automne. Les enfants étaient à l'école, Marc au travail. Je venais de mettre sur le feu le bœuf bourguignon qui ferait office de dîner, quand j'ai eu l'idée de faire un brin de ménage dans cette maison (pourtant déjà si propre qu'on pouvait y manger à même le sol...).
Mais voilà : il y avait une petite poussière. Une toute petite poussière sur ce vase vide, qui ne demandait en soi qu'un peu de compagnie... Il faut dire que les seules fleurs auxquelles il avait droit, c'était une fois par an, au moment de la Saint-Valentin. Alors oui, c'était un beau bouquet, certes, mais lui comme moi n'avions malheureusement que quelques jours pour en profiter...
Ahhh si seulement Marc pouvait...
Bon. Je m'approche alors avec mon plumeau, un petit coup dessus, dessous, dedans... Mais voilà que tout à coup une sonnerie retentit. Je sursaute et, avant même d'avoir eu le temps de dire « ouf ». je me retrouve au fond de ce vase, les deux jambes en l'air!
Quelle terrible situation... Il fallait que j'arrive à me sortir de là à tout prix.
Les secondes, les minutes, les heures passent, mais il m'est impossible de sortir de ce vase. J'ai pourtant tout essayé, mais rien n'y fait. Je suis bloquée, coincée, séquestrée. Il fait si noir ici... Je me sens vraiment seule et dépourvue. Vivement que Marc rentre et qu'il me sorte de là!
Je repense alors à tout ce qu'il me reste à faire avant le retour des garçons : aérer le bureau, changer les draps, arroser les plantes du balcon, ajouter les carottes au bouillon... Mais mon Dieu, oui : LE BEUF BOURGUIGNON! C'était ça, la sonnerie! C'est une catastrophe, le plat allait être complètement raté...
Le stress monte. Je commence à ne plus sentir mes pieds, je suffoque. Je n'exagère pas quand je dis qu'à ce moment-là : j'ai très peur.
Mais Dieu merci, j'entends un bruit qui me rassure : les clés dans la serrure.
J'entends Marc, les garçons, leurs petits pas légers se diriger vers le salon. Alléluia, je suis sauvée ! Je crie à l'aide, au secours, je hurle de toutes mes forces. Mais personne ne m'entend, ne me voit... Comment est-ce possible ?!
Je tends l'oreille.
Où est maman? demande Antoine.
- On veut notre goûter! rétorque Lucas.
S'ensuit une multitude de questions auxquelles Marc est visiblement incapable de répondre.
Je ressens d'abord de l'impuissance. Puis de la colère. Comment ça, il ne sait même pas où se range le lait ?! C'est affreux. Je le sens complètement dépassé. Et c'est là que j'éprouve pour lui un brin de pitié... puis de la culpabilité. C'est de ma faute, à toujours vouloir tout faire... Il est maintenant incapable de se débrouiller par lui-même.
Les choses s'accélèrent. À l'extérieur comme à l'intérieur du vase, je sens la tension monter. De nouveau, une sonnerie retentit: cette fois, c'est le détecteur de fumée.
DIEU TOUT-PUISSANT! MERDE, LE BOURGUIGNON !!!
Je sens l'odeur du brûlé. Les flammes doivent déjà avoir envahi la cuisine. C'est la panique. Les cris des garçons se mêlent aux miens. Puis la porte claque. Je comprends qu'ils ont eu juste le temps de fuir.
C'est un soulagement.
Mais je comprends aussi que c'est la fin. La fin pour moi...
Enfin, la fin d'une longue nuit agitée, apparemment puisque j'ouvre les yeux. Je suis au fond de mon lit. Marc dort paisiblement à mes côtés.
Quelle horreur... Je n'en reviens toujours pas.
J'attrape des post-it, j'y note des indications que je placarde dans toute la maison. Puis je laisse un mot sur le vase vide:
<< Désolée mes amours, mais j'ai besoin de vacances. On se retrouve très vite. >>
Auront-ils vu ce mot avant mon retour ?
Je ne pense pas...
Car on est loin d'être le 14 février.
Anouchka H

Me voilà de retour chez moi, seule, sans personne à aimer.
Je repense à notre bonheur passé... envolé.
Où es-tu ? Tu me manques.
C'est fou comme ces deux mots peuvent porter tant de douleur, tant d'amour, tant d'absence.
C'est à ce moment-là qu'on comprend que quelqu'un qu'on aimait plus que tout, quelqu'un qui faisait partie de nous... ne reviendra plus.
Qu'il s'agisse de la mort, d'une séparation, ou simplement de la vie qui l'a décidé ainsi, le résultat est le même: il ne reste que l'absence.
J'entends encore ta voix, je revois ton visage, j'entends les sons qui les accompagnaient...
mais je sais qu'ils ne reviendront plus.
Ton souvenir habite encore les objets, les lieux, les odeurs, les chansons.
Je sens ton parfum sur les draps, dans ces endroits que tu aimais dans la maison.
Mais je le sais déjà: le temps fera son œuvre.
Ton visage deviendra flou.
Ta voix se taira.
Ton parfum, autrefois si familier, s'effacera doucement de ma mémoire.
Alors j'essaie de me raccrocher. Je fouille dans mes souvenirs comme dans une vieille boîte à trésor.
Je veux te retrouver, ne serait-ce qu'un instant.
Mais même ton rire m'échappe. Il glisse entre mes doigts.
Et le plus douloureux... c'est de comprendre que l'oubli est inévitable.
Même les plus grands amours finissent par se diluer avec les années.
Tu resteras en moi, oui. Mais plus comme avant.
Tu deviendras une forme, un sentiment, une présence douce, presque irréelle...
Une absence habillée de tendresse.
Ce matin, j'ai cueilli ce gui pour me souvenir de toi.
De nos vœux, que nous murmurions en dessous, à Noël.
Je me suis assise sur ce tabouret que tu aimais tant, celui sur lequel tu jouais de la guitare.
Tu me manques.
Le temps semble s'être arrêté sans toi.
Je sais que je ne te reverrai plus.
Et je pleure... pour ne pas t'oublier.
Je veux rester avec toi.
L'avenir, autrefois porteur de rêves et de projets, m'apparaît flou, fragile, presque menaçant.
J'avance sans savoir où je vais.
Tu me manques terriblement.
Il n'y a pas de mots assez forts pour le dire.
Même si la vie continue, même si j'essaie de tenir debout,
il y aura toujours un coin de mon cœur qui te cherchera et te chérira.
Et pourtant, au fond de moi, subsiste une petite étincelle.
L'envie de ne pas sombrer.
L'envie de continuer, pour honorer ta mémoire.
Le chemin sera long, incertain, douloureux.
Je ne sais pas de quoi demain sera fait,
Mais je sais que je dois avancer.
Un jour après l'autre.
C'est tout ce que je peux faire.
Tu me manqueras... toujours.

"Hey! Reviens sur terre, t'es avec nous là ? "
"Non j'étais dans mes pensées... Désolée"
"Comme d'habitude, sur la lune !"
Cette phrase? J'ai dû l'entendre un milliard de fois depuis que j'ai l'âge de comprendre ce qu'on me dit !
J'ai 1 an, je suis dans mon parc à jouets, avec mes sœurs, je rêve... De quoi ? je ne m'en souviens plus, mais je rêve probablement du prochain biberon que je vais boire, ou des câlins que je ferai à mon doudou...
J'ai 3 ans, j'entre à l'école, la maitresse me surprend... "Hey t'es avec nous là ou sur la lune ? ».... « Je suis bien là, mais dans mes pensées"
Je rêve... du vélo avec lequel je pourrai jouer à la récré, du week-end que je vais passer avec mes grands-parents, ou des bonbons que j'aurai peut-être au gouter?
J'ai grandi, je suis à l'école primaire, je joue avec mes copines dans la cour et on invente une chorégraphie sur la dernière chanson de Justin Bieber. En même temps je rêve.... Qui est-ce que je vais inviter à mon anniversaire ? à quel sport je vais m'inscrire l'année prochaine ? Est-ce que je vais réussir les évaluations nationales ?
BOUM, j'atterris au collège. J'ai réussi les évaluations nationales, je sais quels bonbons j'aime, mon doudou m'attend toujours dans on lit, j'ai trouvé et je pratique le sport de mes rêves et mes amis, ceux de mon anniversaire, son toujours à mes côtés. Mon entraineur me rappel à l'ordre "Hé Ho ! Redescend I la lune, c'est trop loin !" "Trop loin ? J'y suis bien moi sur la lune »...
Il parait que c'est elle qui fait les marées... Le soleil lui, agit sur le vent, qui lui-même pousse les vagues au gré desquelles mes pensées se baladent. C'est cet équilibre imparfait, alternant entre lune et soleil, vents et marées, rêves et réalité, qui me fait grandir et avancer dans ce monde imparfait.
Je suis majeure, je viens d'avoir mon bac. Je pense, je rêve, tout le temps. Un peu du passé ; nostalgie heureuse. Du présent ; les études sup? Pas si facile que ça. Et du futur ; que faire ? où aller? avec qui ?
Je suis adulte, je fais de beaux rêves... Je réalise chaque jour la chance que j'ai ; que la lune ait fait de moi une femme bien entourée qui a la possibilité d'avoir le choix, de prendre sa vie en main.
Et je réalise ce que signifiait cet équilibre imparfait. Si moi j'ai cette chance, alors ça veut dire que d'autres ne l'ont pas...
Je pense, encore plus fort, je rêve, encore plus fort ! D'un monde où TOUS les enfants passent du temps avec leurs frères et sœurs, dans un parc à jouets, câlinent leur doudou, font du vélo dans une cour de récré, passent des week-ends avec leurs grands-parents, fêtent leurs anniversaires, grandissent avec leurs amis. Je rêve que ces enfants deviennent adolescents, qu'ils s'épanouissent dans un sport, un art. Qu'ils fassent des études, ou pas. Qu'ils grandissent encore et deviennent parent ou pas, qu'ils vivent ici ou là-bas. Qu'ils aient le choix.
Comme d'habitude, sur la lune ! » Je rêve finalement que tous les enfants du monde puissent entendre un jour cette phrase.

SERCALUMIS
J'ai essayé.
Plein de fois, de différentes manières, pour différentes raisons, et devant différentes personnes.
J'ai parlé, mais on ne m'a pas écoutée.
J'ai chanté, et on me l'a reproché.
J'ai dansé, mais on ne m'a pas regardée. J'ai écris, mais on ne m'a pas comprise.
J'ai soutenu, mais on ne m'a pas crue.
J'ai crié, et on m'a ri au nez.
Alors, Je me suis posée sur cette chaise.
Je me suis tue, pour qu'on ne m'entende plus.
J'ai relevé le livre, pour qu'on ne me voit plus. J'entends un brouhaha autour de moi, mais je ne le comprend pas,
On m'a dit que j'avais des droits, mais je ne les vois pas. Alors j'ai observé, et j'ai compris quelque chose.
S'ils auraient pas décidé à leur place, elles auraient pas besoin de demander.
S'ils se seraient pas cru supérieur, elles auraient pas à s'adapter, s'enfuir ou survivre.
Y'en a qui pensent qu'on sait pas c'est qui qu'est à l'initiative de toutes ces normes, ces restrictions, ces croyances et ces dominations!
Ils se croivent invincibles, mais nous, au jour d'aujourd'hui, on est indivisibles.
J'ai observé, et j'ai compris.
Elles les ont mis mal à l'aise en sortant de leurs codes,
les seins nus par-ci, les cheveux à l'air par lå,
Un accueil qui sauve des vies, des erreurs de langage qui ne tuent pas... Aux quatre coins de la terre, elles ont le même combat,
Les crimes contre l'humanité n'ont pas leur place ici bas.
Ce livre est lourd de sens, et léger en la matière, Tel un cerf-volant, il fait basculer mes pensées au gré des courants d'air.
SERCALUMIS !!!!
J'ai une idée!
Au clair de la lune, mon ami l'oiseau,
Prête moi tes plumes, là bas c'est si beau,
Je veux être libre, et à condition,
Qu'on apprenne à vivre sans discriminations.
soupir
Elles soupirent, par fatigue,
Ils soupirent, par lassitude,
Il faut sortir de cette intrigue,
Sans cesse questionner ses certitudes.
Je m'assois sur cette chaise, et je ne veux pas qu'on me voit. Laissez-moi tranquille, et respectez mes droits.

Parfois je rêve... enfin je crois, ou alors c'est un cauchemar ? Je ne sais pas...
Brrr rien que d'y repenser ça me donne des frissons...
Je me rappelle... je me rappelle que je me sens lourd, prisonnier... oui c'est ça, comme enchainé... mais il n'y a pas de chaine, pas de lien... et le plus étrange, c'est qu'il n'y a pas d'inquiétude ou de peur en moi, la situation est presque confortable. Vous trouvez ça bizarre ?
Une autre fois je suis au milieu d'un vide immense et j'ai l'impression de tomber dans un puits sans fond... et en même temps je me sens tout léger, j'ai l'impression de flotter... à la fin je ne sais même plus si je vole ou si je tombe.
Quand je dis j'ai l'impression, c'est ce que je ressens car dans mon rêve je n'ai plus de sens: je ne vois pas, ne sens pas, n'entends pas, je suis comme effacé... c'est même pire que ça, je ne suis même pas sûr que c'est de moi qu'il s'agit... J'ai perdu la tête! Attention, attention quand je dis que j'ai perdu la tête c'est au sens figuré, elle est toujours là... mais je ne la vois pas.
vous allez me prendre pour un fou !
Vous croyez que je devrais consulter ?
A chaque fois j'ai l'impression me battre. Mais pourquoi ? Contre qui... ou contre quoi ?...
En tous cas ça me travaille... Ca m'épuise même.
A chaque fois que je fais ce rêve, j'ai les mêmes questions qui se bousculent dans ma tête...
évidemment sans réponse... Il doit pourtant y avoir un sens !
Du genre? Vous allez voir, c'est pas triste: Naissance ou mort? Espoir ou fatalité? Ange ou démon? Enfer ou paradis? Début ou fin?
Oui c'est exactement ça ! Je veux comprendre si ce rêve représente pour moi un début ou une fin. Vous trouvez que c'est long, hein? Mais bon, maintenant que vous êtes là...
Tiens! Ca me fait penser à une anecdote.
Imaginez un bistro au petit matin, le soleil rasant fait briller le comptoir... un bon vieux zinc poli
comme un sou neuf.
Au comptoir un petit vieux est assis. En face de lui un ballon. De l'autre côté du comptoir le serveur est en train de finir de remplir le ballon avec un blanc.
Il faut imaginer la scène.
Le verre se remplit lentement, de plus en plus lentement (le serveur connaît son affaire)... le liquide arrive au bord du verre et va déborder. Face à lui le petit vieux concentré, immobile,
regarde fixement ce verre qui brille de mille feux sous la lumière du soleil. Le liquide doré atteint le bord du verre. Le serveur, impassible, continue son service.
Et là, tout à coup, survient l'événement crucial dans un silence total.
La première goutte de vin déborde et coule sur le comptoir. Au même instant, pas avant pas après, le petit vieux lève une main autoritaire tandis que l'autre main se pose sur le pied du verre. Evidemment, le serveur, habitué et imperturbable, s'arrête.
Pourquoi je vous tout raconte ça ? Quel rapport me direz vous?
Et bien là aussi je me demande si c'est le début ou si c'est la fin. Cet instant, le moment précis où
cette main se lève inutilement... il dit quoi?
Ah! On m'appelle.
Oui Docteur... j'arrive !

Marie est célibataire. Mais elle n'est pas seule. Marie n'est jamais seule.
Les souvenirs et les émotions des histoires racontés par les objets qui ornent son petit appartement, au quatrième étage d'un immeuble historique en plein cœur de Porto, comblent son existence et son cœur. Grand-maman lui a laissé cette petite perle en héritage il y a quelques années. Et son histoire avec... les souvenirs d'une autre vie qui malgré les quatre-vingts ans qui les séparent, se fondent dans une même et plus belle tapisserie. Comme si la muse Clio s'était endormie laissant le passé se dévoiler dans le présent, dans une autre existence, dans un autre monde...
Le temps qu'elle y a vécu avec Théo n'a pas été suffisant pour qu'il l'imprègne de sa présence et de son histoire... Ils n'étaient pas faits l'un pour l'autre.
Théo voulait vivre à la montagne loin des voitures et de « la vie frénétique de la grande ville ». Quand il est parti, Marie n'a pas senti le vide qu'il avait laissé, occupé désormais par les vieilles histoires de sa grand-mère. Il n'y avait pas la place pour lui ici... Marie n'était pas seule !
Ce jour-ci Marie avait pris sa journée. Elle aime son travail dans la plus ancienne librairie de Porto, où elle se laisse émerveiller par les premières éditions des classiques et les histoires d'ici et d'ailleurs, d'un monde réel ou d'un monde utopique... Mais les touristes l'agacent, surtout en été... Elle pense toujours à ces livres qui attendent stoïquement un peu de l'attention qu'ils méritent.
Elle s'installe sur son fauteuil avec un album photo qu'elle connait par cœur... c'est son fauteuil préféré qui, lui aussi, appartenait à sa grand-mère et que Marie a fait restaurer. « C'est ton grand-père qui l'a construit, avec du bois qu'il a coupé avec ses propres mains au Mozambique, avant la guerre ! >> Quand elle s'y installait elle pensait toujours à ses grands parents séparés par la guerre, à peine deux ans après leur union. Un couple à qui le bonheur avait été arraché par un conflit qui n'était pas le leur.
Les photos défilent devant elle, comme sur une toile de cinéma. Les vieilles photos des grand parents...étrangers dans un pays lointain et plus étrangers après leur retour. Le retour... revenir dans un pays où leur place avait été occupée par d'autres vies... des vies inconnues, différentes, indifférentes...
Marie n'a jamais quitté son pays, mais elle s'y sent une étrangère, différente, indifférente... Mais elle n'est pas seule. Dans cet appartement, avec vue sur le quartier des pêcheurs et les caves de Porto, elle se sent en parfaite harmonie avec les éléments... Ses livres, les photos de famille, les souvenirs de la grand-mère... elle n'a besoin de rien d'autre...
Elle tombe sur une photo qu'elle pourrait décrire les yeux fermés...mais cette fois-ci elle remarque le regard de la grand-mère... Derrière elle, un paysage somptueux qui contraste avec ce regard perturbant... triste... nostalgique... implorant...
Petit à petit elle s'envole dans un autre monde, tirée par deux petites montgolfières qui la rapprochent de cette autre vie...
D'en haut elle observe l'essaim de touristes qui noircissent les berges du Douro et elle se réjouit de pouvoir y échapper... le fleuve se transforme dans un immense océan... et sa grand-mère la regarde de loin, de l'autre côté... au fond de son âme... elle lui parle... elle lui murmure des secrets inavouables, des secrets perdus à jamais, oubliés...
La grand-mère a à peine vingt ans. Elle est amoureuse de ce charmant jeune homme, ils dansent, s'embrassent, s'aiment... ils courent la main dans la main... mais ce regard n'est pas pour lui...
Marie se réveille en sursaut. Toujours sur son fauteuil dans son petit appartement au quatrième étage. Les battements de son cœur se précipitent...sa respiration s'accélère...
Elle comprend maintenant...
Cet appartement, son cocon qui la protège, l'éloigne, l'enferme, l'emprisonne!
Elle comprend maintenant ...
Marie est spectatrice de sa propre vie! Elle aussi est une étrangère, inconnue,
indifférente...touriste |
Elle comprend maintenant !
Marie est seule... elle est toujours seule !

ISALYNE MARLIER
J'ai perdu mes ailes.
J'ai passé des nuits blanches à broyer du noir, en cherchant désespérément la réponse à ma question. Où sont passées mes ailes? J'ai cherché ici et là. Elles ne sont plus là. Je n'ai rien demandé.
On m'a volé mes ailes. Avant, j'étais libre et volais au gré du vent. Une simple brise me faisait m'envoler loin, à travers ces paysages qui étaient les miens. Mais maintenant, je suis clouée à terre. La gravité m'enchaîne à ce sol qui me pèse.
Il est difficile d'avancer quand on ne voit pas où aller. Chaque pas que je fais me ramène 10 pas en arrière. Avant, avec mes ailes, je voyais au loin. Maintenant c'est difficile de voir le bout de ce chemin. On m'a enlevé mes ailes. La chute a été brutale.
Tout est sombre ici-bas. Je ne m'y retrouve pas. La chaleur du soleil me manque et je donnerai tout pour m'y brûler encore. Sans mes ailes, c'est mon être entier qui est brisé.
Mon insouciance envolée. Mon innocence déplumée. Ma méfiance décuplée. Ma confiance en fumée. J'ai perdu ce qui était de plus cher à mes yeux. Mes ailes. Envolées.
Vous ne les verrez pas, mais j'ai encore des cicatrices dans le dos. Elles témoignent de ma souffrance. De l'injustice. De mes plumes tombées comme les feuilles d'automne. Ma position vous parait inconfortable? Vous avez raison. Je ne suis plus un ange. Je suis tombée du ciel. Et vous?
Par ailleurs, je ne suis pas tombée. On m'a fait tomber. Ne vous méprenez pas, je ne l'ai pas mérité. Non, je ne suis pas le diable. Le diable n'a pas de prénom. Moi, je n'en ai plus, tout simplement. Le diable s'habille en Prada. Moi, je ne m'habille pas. Je ne compte pas développer mon humanité en revêtant votre fast-fashion. Le diable n'a pas de visage. Moi, j'ai un visage. Je ne peux simplement plus le regarder en face. Ce corps dépourvu de mes plumes me dégoûte.
Je veux retrouver mes ailes. Je ferai tout pour y arriver. Je suis prête à braver tous les dangers, tous ces obstacles qui m'empêchent d'avancer, j'écraserai tous ces monstres envoyés du ciel pour me faire échouer. Car je n'ai plus rien à perdre. Je n'ai plus rien à donner. Plus rien à craindre. Plus rien à attendre. Plus rien à espérer.
Et s'il le faut, je serai prête à pactiser. Oui, vous m'avez bien entendu.
Mes ailes sont ma seule raison d'exister. La route ne sera pas si longue en prenant des raccourcis. Mesdames, messieurs, attention. Je vous l'ai dit.
Je ne suis plus un ange.

La Daronne vous écrit de là haut;
Là où il fait beau.
Perchée, elle vous observe,
Comme dans un rêve.
Elle prend une tasse de café
Sans se presser.
Elle a mis sa plus belle robe
Pas mal pour un mois d'Octobre!
Moulant ses attraits,
Pour elle, ça lui plaît.
Elle se sens parfaite!
Ah! son très cher bustier,
N'est ce pas son plus bel allié?
Elle prend le temps,
Un temps de plus
Pour s'apporter un plus.
Sa pause café la détend,
Et apaise ses traits
Qui se détendent avec le temps
TIC TAC TIC TAC
Cette robe qui l'a parfait
Lui donne un côté Antillais.
Elle, qu'on inspecte...
Mais du haut de son perchoir
Rien ne l'affecte.
Est ce un rouge ou un carmin?
Ne fait elle pas trop catin?
Insensible, femme sans visage
Mais n'a t elle pas aussi le désire d'écrire quelques pages
Sur ceux qui la dévisagent?
Elle enlace l'envie d'être un fantasme
Alors qu'elle est bien loin d'être celle qu'elle fantasme.
Elle se souvient de cette petite fille qui rêvait d'être grande.
Mais aujourd'hui elle ne joue plus aux billes et ses yeux, elle les bandent.
Mais où est l'image de cette enfant aux couleurs d'antan?
Se contentant d'un faux - semblant ou simplement d'un ballon flottant
Il était une fois, cette femme au corps sculpté,
Elle était fraîche ma foi mais pas inégalée.
Fière de penser qu'elle est parfaite.
Elle panse ses obscures pensées avec des pansements infectes.
Ma'mzelle attend que le temps s'étend
Cette donzelle se contente de son temps
Fière de penser qu'elle a le temps
TIC TAC TIC TAC
Car aujourd'hui, elle a mis sa plus belle robe celle qu'il kiffe
Elle attend qu'il se réveille, bien loin des monts et merveilles.
Parsemés de blancs sont ses tifs.
Il passe à ses côtés sans un regard attentif,
Bien loin d'être OP; Wesh le mec faut qu'tu te réveilles!
Il passe, I 'embrassant sur le côté et son sourire effacé.
Elle le mate, tel FRIDA KAHLO d'un regard froncé, elle boit son latté.
La remerciant de sa générosité de la nuit passée,
L'équivalent de Luis MARIANO part se précipiter dans ses devoirs dictés.
Elle reste là seule, sa tasse à la main, pensant à demain.
Mais demain est encore bien loin!
TIC TAC TIC TAC
Aujourd' hui hé ! oui encapsulée dans sa plus belle robe d'été
Sans un MIC MAC
Une année s'est écoulée et une fois de plus il ne l'a pas calculé.
Angela

9h00:
Le soleil passe timidement à travers les rideaux du salon. Je suis en pyjama, je sirote mon thé en me projetant dans la soirée. J'imagine les danses endiablées dans le salon, les rires à gorge déployée, les verres qui s'entrechoquent, les musiques qui défilent et les dernières discussions de fin de soirée avec ceux qui restent tard, souvent les mêmes d'ailleurs.
Mais avant ça, je veux que tout soit prêt, que ça brille !
Alors....
10h00:
J'attaque la salle de bain: vinaigre blanc, bicarbonate, huiles essentielles. Même les recoins que personne ne voit. L'odeur du propre me motive.
11h00:
Je passe l'aspirateur sous les meubles, les rideaux tirés, les fenêtres grandes ouvertes. Le mélange du savon à la fleur d'oranger, les effluves de lessive forment un nuage à l'odeur accueillante.
Je veux qu'ils se sentent bien chez moi!
14h00:
Je vérifie que la playlist « Soirée entre amis est téléchargée. Je fais quelques pas de danse en redressant les coussins sur le canapé et je prépare l'apéritif en cuisine en chantant Quand la musique est bonne ... >>>
A 18h00, je me délasse sous une bonne douche parfumée à la figue et au miel. Tenue casual chic, maquillage léger, je me regarde dans le miroir en souriant. La soirée va être bonne!
19h30:
Je pousse la table contre le mur pour faire de la place au mini dance floor, allume les guirlandes, les lumières pour l'ambiance. Je mets la musique en route. Tout est OK, ils peuvent venir, je les attends ! « Feeling good >> de Muse s'échappe de l'enceinte.
20h00:
Ca sonne.
Je ne peux m'empêcher de lancer le pari de savoir qui arrive le premier. J'ouvre la porte et embrasse un à un les fêtards qui entrent bouteille sous le bras et qui rient déjà en enlevant leurs vestes.
Le salon se remplit de voix, d'éclats de rire, les verres tintent. Les discussions partent dans tous les sens: boulot, voyage, famille... On se coupe la parole, on chante, on chante faux réellement, on danse... n'importe comment.
Minuit:
Tout le monde transpire, une odeur de renfermé envahit le salon mais personne n'y fait attention, sourires béats et cris de joie.
Je regarde autour de moi, les jambes en coton, les pieds nus. Je danse encore mais avec moins d'élan. Je me rapproche de la cuisine pour trouver une âme avec qui discuter. Je suis vidée mais tellement heureuse du moment partagé.
2h30 du matin :
Les derniers veilleurs s'éclipsent. Je reste un instant assise sur le canapé à contempler ce joyeux chaos. Je sens mon corps tomber doucement de fatigue mais mon cœur est gonflé de bonheur.
10h30:
Je me réveille avec la sensation d'être raide comme un balai, avec un mal de cheveux.
Wahou ! Quelle soirée !
J'allume le poste et raisonne << Ca, c'est vraiment toi >>>
Avant de m'activer, je sors l'agenda.
A quand la prochaine fois ?
Hélène
